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L'être préindividuel de l'oeuvre d'art. Introduction à une philosophie de la création selon Gilbert Simondon

Notre postulat principal est que la pensée de Simondon, à condition qu'elle soit comprise selon son propre mouvement et à partir de l'ontologie, de l'épistémologie, de la technologie, mais aussi de la psychologie et de l'iconologie, fournit les éléments pour une esthétique universelle et génétique, qui dépasse les apories héritées du fondement métaphysique de l'esthétique.

 

Nous proposons une seconde hypothèse : la théorie générale de l'individuation (du niveau physique au niveau psycho-social) couplée à la technologie (comme organologie générale) donne les moyens de repenser l'esthétique à partir de l'idée de genèse et de relation, et de subvertir ainsi toutes les oppositions fondatrices de la pensée esthétique, qu'elles soient relatives à la psychologie de la création, à la poétique de l'œuvre d'art, à l'herméneutique et à la sociologie de la réception.

 

Autrement dit, une théorie de l'individuation esthétique fournirait une compréhension complète du mode de constitution, d'évolution et d'existence des objets esthétiques, sans avoir recours au privilège ontologique et épistémologique accordé au sujet d'une part, et au privilège organologique accordé à l'œuvre d'art de l'autre. Une esthétique génétique complète serait ainsi une rivale effective de la phénoménologie et de la philosophie analytique, l'une et l'autre se partageant aujourd'hui le discours esthétique. Une esthétique génétique complète aurait enfin vocation à unifier les sciences humaines autour du centre que représente la culture, mais elle le ferait à l'écart de toute anthropologie et selon une critique renouvelée des sciences cognitives.

 

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